« Tu te souviens Rousseau, du paysage aztèque,
Des forêts où poussaient la mangue et l'ananas.
Des singes répandant tout le sang des pastèques
Et du blond empereur qu'on fusilla là-bas.
Les tableaux que tu peins, tu les vis au Mexique… »
Apollinaire, Ode à Rousseau, 1908
Malgré la légende alimentée par l’artiste lui-même et Apollinaire les
célèbres grandes jungles du Douanier Rousseau furent toutes composées à
Paris. Les mises en scène exotiques que donne à voir la capitale en cette fin du
XIXe siècle les ont inspirées. Cependant « Ce n’est pas la forêt vierge en tant
que jardin botanique ou zoologique qu’il peint, mais la forêt vierge avec ses
épouvantes et ses beautés, dont nous rêvons enfants [...] C’est la forêt vierge
en tant qu’aventure fantastique » a pu dire un critique. Quintessence de son
imagination créatrice, les jungles de Rousseau constituent le cœur de
l’exposition.
Afin de mieux cerner et retracer le processus de création du peintre, une
série exceptionnelle de 12 jungles est confrontée à d’autres œuvres, portraits,
paysages urbains et allégories. Dans un jeu de miroir les unes semblent répondre
aux autres : là où, dans les jungles, l’étrange prend l’apparence du familier,
ailleurs c’est le familier qui devient étrange. Un art du détournement qui fait
de Rousseau un immédiat précurseur du surréalisme. De fait, s'enracinant dans la
problématique des dernières années du XIXe siècle (académisme, exotisme…), son
œuvre reconnu d'abord par les artistes de l'avant-garde demeure inclassable et
annonce nombre d'interrogations propres au siècle suivant.
Au total 50 tableaux majeurs issus de collections prestigieuses, publiques et
privées, européennes, américaines, japonaises et russes sont présentées dans
l’exposition suivant un parcours plutôt chronologique jalonné de deux sections
documentaires.